Soupçons Allemands
- L'un des premiers incidents ayant
éveillé les soupçons des Allemands quant
à l'accès des Alliés aux codes navals
Enigma a lieu dans la nuit du 27 au 28 Septembre 1941. Le
B.d.U. est informé par radio d'un certain nombre de
problèmes imbriqués : L'U-61, qui se dirige vers l'Atlantique
Sud, a un membre d'équipage atteint d'une maladie
vénérienne, mais pas de médecin ; l'U-68, qui se dirige également
vers le Sud, manque de torpilles et a un médecin ; et
l'U-111 rentre à sa base
avec des torpilles de rechange. Le B.d.U. ordonne aux
trois bateaux de se donner rendez-vous dans la baie de Tarafal,
sur l'île de San Antao, dans les îles portugaises du
Cap-Vert, un endroit particulièrement isolé qui n'a
jamais été utilisé auparavant. Une fois sur
place, le médecin de l'U-68 examinera le marin
malade de l'U-67 et le soignera ou le renverra chez lui
à bord de l'U-111, qui donnera ses torpilles de
rechange aux autres bateaux.
- Plusieurs messages sont nécessaires pour organiser un
tel rendez-vous imprévu, qui sont dûment
interceptés et décryptés par l'organisation
britannique Ultra et, par conséquent, les
Britanniques décident d'attaquer. Ainsi, vers minuit les
27 et 28 Septembre, le sous-marin britannique de classe
River (ou Thames), Clyde, rencontre les trois sous-marins dans la
baie de Talafera et, dans une mêlée confuse,
l'U-67 est endommagé alors qu'il tente
d'éperonner le sous-marin britannique. À la fin,
les quatre bateaux ont survécu et se sont
échappés.
- Dönitz a du mal à croire que l'arrivée du
Clyde est un hasard et est convaincu que les Britanniques
lisent Enigma. En conséquence, il ordonne un
changement immédiat des clés Enigma suivi
d'une enquête par le vice-amiral Maertens, chef des
communications navales. Le rapport de Maertens conclue qu'une
telle chose est impossible.
- Lors d'un autre incident, le 12 Janvier 1943, l'U-459, un pétrolier de Type
XIV, reçoit l'ordre par radio de donner rendez-vous
à un sous-marin italien à un endroit situé
à 300 nautiques à l'Est du rocher de Saint-Paul.
Lorsque l'U-459 est arrivé, il trouve un certain
nombre de destroyers alliés effectuant des recherches ASW
et le commandant conclue qu'ils doivent être parfaitement
au courant de l'heure et du lieu du rendez-vous. Il fait part de
cette conclusion à Dönitz, qui entreprend un nouvel
examen de la sécurité cryptographique. Une fois de
plus, la conclusion est que les Alliés ne peuvent pas
déchiffrer les codes, notamment parce que l'Enigma
à quatre roues a été introduite
récemment. Ces conclusions sont renforcées par des
informations obtenues par le B-Dienst qui semblent
suggérer que l'utilisation par les Alliés de radars
aéroportés est en quelque sorte à
blâmer. Autre complication : en 1942, les Allemands ont
capturé un résistant français accusé
d'avoir transmis l'heure et la destination approximative de tous
les départs de U-Boot, ce qui laisse penser que
l'espionnage - toujours un bouc émissaire populaire dans
ces circonstances - peut être en cause.
- Un autre incident, cette fois en Extrême-Orient,
réveille les soupçons en 1944. Deux
pétroliers allemands, le Charlotte Schliemann et le
Brake, opèrent dans le Sud de l'océan
Indien, ravitaillant les U-Boote à destination et en
provenance des bases de Malaisie. Le Charlotte Schliemann
disparaît sans explication le 11 Février 1944,
tandis que l'UIT-22 est
coulé le 11 Mars alors qu'il se rend à un
rendez-vous avec le Brake. Ce pétrolier est ensuite
coulé le jour suivant par un destroyer britannique, un
événement qui est observé et rapporté
au B.d.U. par l'U-168.
Les Allemands sont alarmés de perdre deux
pétroliers et un U-Boot dans la même zone
éloignée et déserte, tous à moins de
50 nautiques de leur rendez-vous respectif, et dans un laps de
temps aussi court. Le chef des communications navales mène
donc une nouvelle enquête, au cours de laquelle il
découvre que l'UIT-24,
qui doit se ravitailler auprès du Brake quelques
jours après les trois premiers, a envoyé des
signaux depuis une position située au Sud de l'île
Maurice. Les suspects habituels - compromission des codes des
U-Boote et trahison - sont à nouveau examinés, de
même que la possibilité d'une interception du trafic
radio vers le Japon, mais rien ne peut être établi
et, comme cela s'est produite après les enquêtes
précédentes, l'affaire en reste là.
- De grands efforts sont déployés pour
éliminer les sources possibles de fuites, ces craintes
s'étendant même au personnel des communications
navales de l'Amirauté à Berlin. Ainsi, le 09
Septembre 1941, un nouveau système est introduit dans
lequel les carreaux de la carte sont codés à l'aide
d'un code simple (qui est modifié à intervalles
irréguliers) avant que le message ne soit transmis au
bureau de chiffrage, de manière à dissimuler les
positions même au personnel des communications, par
ailleurs très fiable.
- En fait, à part une interruption de plusieurs mois en
1943, les Alliés lisent bel et bien Enigma. En
combinaison avec d'autres avancées technologiques comme le
DF et le radar aéroporté, cela leur permet soit de
trouver de nombreux U-Boote et de les détruire, soit de
rediriger les convois afin de les éviter.
Glossaire
Source : U-BOATS History, Development and Equipment
1914-1945 de David Miller.
